2005 – L’Art dans les Chapelles

L’Art dans les Chapelles 2005
Chapelle Saint Jean le Sourn,
Peinture murale et extensions aux adhésifs
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Extensions, Noir RAL 8022, Rose Télémagenta RAL 4010
« Après la zone commerciale, prendre la direction Le Sourn. Au carrefour, c’est indiqué. » Premier contact avec la chapelle Saint-Jean, de style néo-gothique: des murs très hauts et blancs offrant des vitraux d’un bleu intense, un volume qui enserre et accompagne le regard.

Il s’agit là non pas d’un espace neutre, mais d’une enceinte de spiritualité, d’un réceptacle de la mémoire des habitants d’alentour.

Dans ce cadre spécifique, j’ai souhaité tisser un dialogue entre le lieu et ma pratique, me placer sur un terrain d’échanges.

Le propos ne se situerait pas sur le plan symbolique, mais sur le plan formel, sur une rencontre entre l’abstraction géométrique et une esthétique du XIXè siècle (architecture et vitraux).

Pratiquement, j’entends travailler à même les murs, et à partir de ce qui existe déjà en une sorte de prolongement, la peinture se faisant extension du plomb du vitrail, des arêtes de la voûte, de la trame du dallage. Le mur répondrait au support verre. De même la peinture industrielle répondrait au procédé semi-industriel de fabrication du vitrail de l’atelier Champigneulle.

Face à l’architecture toute entière construite dans un esprit d’élévation je développe une structure de plans successifs, comme si la trame minuscule contenue dans les vitraux débordait pour envahir l’espace. Le leitmotiv des éléments décoratifs de ceux-ci trouve sa résonance dans la répétition d’un schéma extérieur, rapporté. Un jeu s’établit aussi entre les trames altérées à chaque proposition (dans leur échelle, leur forme, leurs couleurs).

Les couleurs : reprise d’une neutralisation chromatique, le noir et le blanc afin de renvoyer aux séparations de métal des verrières, créant ainsi un rapport avec les techniques spécifiques du vitrail néo-gothique. L’espace blanc participe à son tour au dialogue.

A la certitude affirmée des panneaux noirs et blancs je propose des panneaux roses et gris, comme autant de reflets. Le rose de l’artifice, du kitsch, le rose industriel (Noir RAL 8022, Rose Télémagenta 4010).
Se superpose ainsi la nuance du questionnement, du doute et de la mémoire.

Les relations liant vitraux et panneaux et, à leur tour, les panneaux entre eux comme autant de déploiements. Certaines lignes fluorescentes strient l’espace, telles les sollicitations lumineuses de la ville. La tension qui naît de la géométrie rigoureuse n’aura qu’un temps, une durée limitée, celle de l’exposition.

Par ailleurs ces constructuions picturales tendent vers ce qu’il y a au-delà et de cet espace, et de cette temporalité. Les vitraux fermant et ouvrant sur le monde. Intérieur et extérieur font corps.

De la porte latérale s’aperçoit à perte de vue la vallée du Blavet, sa campagne de couleurs terre et de verts extrêmes, ses trames et ses traces humaines. Impossible de ne pas déborder vers le présent et ses questionnements.

« C’est alors que commence pour moi la contrainte et la jubilation ensemble » Aurélie Nemours (1910-2005)

© Soizic Stokvis
Paris, Mai 2005