2007 – Jeremy Liron


Immédiats

Il y aurait une filiation entre Mondrian cherchant sous les apparences confuses de la nature sa rigueur structurelle, Marey émaciant les corps à leur mécanique en mouvement, et les larges compositions murales en lesquelles Soizic Stokvis tire les lignes compliquées de nos réseaux, les obliques de nos impulsions, de nos élans. L’autopsie de la vie urbaine que dessinent dans la nuit les longs filaments bifides des phares est une autopsie délicate, radiographique. Pareillement, l’artiste relève le dessin des perspectives et des échafaudages, les manières, d’intersection, note parfois au moyen de photographies les dissonances ou contrepoints tout en maintenant à la surface d’une géométrie stricte la venustas des corps vivants, « cette beauté vénusienne de la vie qui court sous la peau » (D. Arasse). Spectacle étrange, somptueux et farouche qui traverse la peinture classique du Christ mort de Holbein aux Morgues d’Andres Serrano. A l’instar de l’art lui-même, la ville est prolixe, mouvante, insatiable, sans cesse s’invente. Plus qu’un socle bâti, immuable terrain de jeu de nos inspirations, elle développe, à la manière d’un terrier, la matérialisation de passages, d’activités ; ensemble de traces de mouvements, d’expansion, d’érosion. Traçant les déséquilibres de nos pulsions, comme la marche serait faite de chutes constamment rattrapées, sa géométrie se fait expressionniste ; dans les œuvres de Soizic Stokvis, étendue extensive de la peinture ou de l’image au mur. Une carte que l’on déploie avec ses nœuds et ses boulevards, ses artères et les aplats soudains de ses places. Délicatesse rigoureuse et éperdue de ce qui est peut-être au fond simplement la vie, dans ce qu’elle a de plus tactile.


Jeremy Liron, in SEMAINES, no.06, juillet-août 2007



L’art dans les chapelles, chapelle Saint Jean, au Sourn,
du 2 juillet au 11 septembre 2007
Galerie Isabelle Gounod, Boulogne-Billancourt,
du 23 mai au 11 juillet 2007