2009 – Jean-Louis Poitevin

texte paru dans www.lacritique.org
(à propos de l’exposition Soizic STOKVIS à l’Ecole et espace d’art contemporain Camille Lambert de Juvisy-sur-Orge – du 10 janvier au 13 février 2009)

Failles, fractures, fissures, jointures.

L’exposition de Soizic Stokvis à L’espace d’art contemporain Camille Lambert de Juvisy-sur-Orge outre une réalisation in situ lui a permis de montrer des images d’un travail photographique important sur la mutation de l’espace urbain.

C’est même à partir de ce crible qu’il faut comprendre ses interventions dans l’espace de l’exposition. En effet, si elle peint in situ et métamorphose ainsi l’espace qu’elle s’approprie, elle le fait à partir de ce que l’on pourrait appeler un « vision urbaine ». Elle importe les problématiques qui traversent la ville et ses zones troubles où se joue son avenir et elle les transcrit dans un espace clos. Elle fait entrer le monde extérieur dans le monde intérieur ou plutôt elle montre comment nous éprouvons, pensons et traduisons les émotions que font naître en nous nos expériences dans l’espace urbain.

Ainsi, ce qu’elle réalise dans les lieux où elle intervient, ce sont des projections c’est-à-dire des traductions dans un langage plastique de nos émotions urbaines.

Failles, fractures, fissures, voilà ce qui littéralement traverse l’espace urbain. Les murs se fendillent, les surface se desquament, les routes se fendillent, et notre regard, porteur d’une attente de beauté, de charme, d’unité, se trouve confronté à cet événement incontournable qu’est la mutation brusque de la ville.

Elle est traversée de fractures mais aussi productrice de connexions. Et il n’est pas erroné de lire dans les œuvres murales de Soizic Stokvis l’apparition des formes qui s’inventent souvent dans le secret ou plutôt dans les parties qui restent non visible de la ville, canalisations, réseaux de câbles et au-delà réseaux de réseaux d’information.

Mais il y a plus. Les photographies qu’elle montre sont des collages d’un genre particulier. Rien de surréaliste ici, mais bien des rapprochements entre des espaces différents, tous relevant des zones troubles qui hantent les villes à leurs frontières extérieures. Ces photographies, Soizic Stokvis les ajointe de telle manière qu’elle nous révèle l’existence de passerelles, de passages, de jointures entre des mondes à la fois ressemblants et distincts dans la réalité.

Ces jointures nous invitent à effectuer pour nous-mêmes un travail mental réel et profond. L’enjeu est de nous permettre de métaphoriser, c’est-à-dire de comprendre et d’intégrer cette mutation, afin de en pas rester inactif face à elle. Ce à quoi nous invite donc Soizic Stokvis, c’est bien à prendre en main notre avenir en nous offrant non tant des solutions toutes faites que des moyens d’inventer nos propres réponses.

Ainsi, qu’elle transforme un espace intérieur, ou qu’elle nous montre comment il serait possible de comprendre l’unité profonde des espaces qui nous entourent, Soizic Stokvis fait une œuvre d’un poésie réellement contemporaine.

© Jean-Louis Poitevin
2009