2003 – Bernard Point

EN CHANTIER
(à propos de l’exposition au Centre d’art de Clamart)

D’entrée cette peinture m’apparaît affirmer la solidité d’une construction orthogonale où la ville y est présence, non par sa représentation figurative mais par les signes de la géométrie de son fonctionnement.

Pourtant ces trames qui entrecroisent leurs réseaux, empruntant leurs cheminements aux circuits informatiques, laissant glisser des dérapages de couleur, des transparences incertaines, des accords de tons grinçants. L’artiste constructeur, presque un siècle après Fernand léger, (mais sans son optimisme naïf) dresse les échafaudages d’une cité en projet que par ce qu’elle porte en elle de doutes, expérimentations et quelquefois échecs.

Fasciné, je prends conscience d’une peinture en chantier, à l’image de notre monde, qui pour bâtir doit très souvent démolir, puis tresser d’éphémères et subtils squelettes, qui sont échafaudages, grues et palissades.

C’est ainsi que dans l’atelier de l’artiste qui préparait sa prochaine exposition à Yvetot, j’ai pu partager ses questionnements sur le plein et le vide , la toile comme support,et le mur comme révélateur.

Pour la première fois Soizic décidait de surdimensionner sa toile par collage de scotch fluorescent de chantier sur la paroi, son retour d’angle et ses débordements au plafond. La trace de ce canevas s’imprime, mais sans oublier son décollage futur, en prenant au piège le regardeur. Piège qui se retourne sur le mur qui fait face, où une autre toile – en triptyque – semble s’ouvrir en son milieu,pour laisser voir une grand photo… de chantier !

Quelques mois plus tard, une exposition donne la liberté au peintre de conquérir la totalité du grand mur du Centre Albert Chanot à Clamart. Superbement, en panoramique frontal, le chantier devient cloison porteuse du porte-à-faux du plafond.

© Bernard Point
2003