2009 – Michelle Debat

texte paru dans le numéro d’avril 2009 de artpress

Peinture murale et photographies occupent les espaces de l’Espace d’art contemporain Camille Lambert qui, depuis son ouverture en 1987, d’une part a toujours privilégié la diversité des modes d’expression, d’autre part initié nombre de projets de sensibilisation aux pratiques contemporaines à partir d’actions menées conjointement avec l’école de pratique artistique qui la voisine. Aussi, a-t- on pu y découvrir des artistes aujourd’hui largement reconnus tels Françoise Pétrovitch, François Daireaux… mais aussi Hélène Delprat, Heidi Wood, Alain Fleischer, George Rousse…

En ce début d’année, c’est à l’artiste Soizic Stokvis, déjà reconnue pour son travail pictural en prise aux espaces aussi divers que ceux de l’Art dans les chapelles (2007, 2008), du Pavillon à Pantin (2006), du CRAC à Monbelliard pour “Orthodoxes-hétérodoxes:choisir sa ligne” (2007)… que François Pourtaud, directeur du l’espace Camille Lambert, a confié ses murs et cimaises.

Ainsi, parallèlement à son travail de peinture murale, Soizic Stokvis montre une série de faux diptyques photographiques, juste épinglés, souvent recadrés, minutieusement et partiellement superposés. Si l’investissement que l’artiste fait de l’espace architectural par la couleur n’est pas sans nous rappeler celui qu’en ont fait les chantres de l’abstraction géométrique (S. Taueber, J. Arp, Théo van Doesburg) au célèbre cabaret-restaurant strasbourgeois, L’aubette (1928), ses photographies elles, offrent en contrepoint une dénotation justement contemporaine dans la mesure où elles redistribuent à partir même du réel – docks et zones de friches industrielles du nord de la France- les codes et organisations plastiques et colorées de ses murs et plafond peints. De larges bandes bleu turquoise tapissent dans un réseau de lignes et modules l’espace orthogonal de la première salle et déstabilisent ainsi notre perception visuelle jusqu’à projeter sur le sol au linoléum brillant l’image inversée de cette fresque tentaculaire et rhyzomatique. Juste sur le mur attenant, un écran monochrome orange semble ressaisir la verticalité d’une paroi en instance de basculement induit par cette composition picturale où l’oblique et le rayonnement des formes règnent en maître. Mais le duo de couleurs orangé-bleu n’est pas innocent et son emploi dans une contre-composition murale à l’égard de l’organisation orthogonale de l’espace est mis en regard de celle que l’on retrouve cette fois-ci dans toute sa gravité devant les photographies d’un urbanisme industriel, certes chaotique, en perpétuelle construction/déconstruction, mais dont la signalitique des chantiers reprend à la fois les mêmes couleurs mais aussi l’idée d’une superposition de strates, de constructions inachevées, de perturbations archéologiques d’un territoire toujours en devenir et ainsi caractérisé par un ensemble de chocs visuels et de perturbations architectoniques. Ainsi le mural transpire t-il dans les photographies de l’artiste sans que l’un se substitue à l’autre même si l’un et l’autre se perçoivent dans un aller et retour fait de correspondances au détour de la question de l’urbain et plus ouvertement de l’organisation du territoire de l’espace.

Michelle Debat
in art press – avril 2009