2008 – Bernard Point

ENTREE DANS LES ORDRES

Pratiquement seule parmi les autres, cette chapelle était restée vierge de tout décor, et vide de toute sculpture antérieure au XIXè siècle, date de sa construction. Seuls cinq vitraux et une rosace font entrer la lumière au travers de la grille orthogonale des plombs, laissant place aux dessins néogothiques sur verres doublés et gravés.

Cette construction minimaliste ordonnait la blancheur de son placage de plâtre, y compris sur sa voûte en demi berceau, contredisant le dessin en fausses pierres de ses croisées d’ogives.
Tout en elle affichait ses contradictions.

Soizic Stokvis propose alors d’intervenir sur les murs de la nef en peignant une trame alternée, qui semble dialoguer contradictoirement avec celle du dallage. D’une seule pièce monochrome, celui-ci se trouve coloré et démonté sur le mur. Au-dessus de la stabilité de cette assise, les murs antérieurement vides, s’organisent dans un tracé en réserve mais néanmoins ordonné, évoquant une construction en devenir. De longues barres noires, roses comme des reflets ou fluorescentes strient l’espace et contribuent à ce parcours dans le temps…suspendu.

L’artiste a donné à cette architecture la possibilité d’entrer dans les ordres d’une structure colorée qui l’habite en la construisant. C’est sans doute pourquoi les habitants du village ont souhaité voir perdurer ces fresques qui dépassent de loin la notion de décoration, car elles contribuent à faire vivre ce lieu en devenir.

C’est aussi pourquoi, deux ans après cet investissement dans la nef, il fut proposé à Soizic d’entrer dans le sanctuaire. La montée vers le levant, avec ce vitrail central, seul des cinq à être habité de deux personnages en pied, va se trouver comme encadré par des formes géométriques séparées et en flottaison, mais voulant se construire de par l’alignement de leurs tracés. Soizic fait entrer ses ordres comme un constructeur assemblant un appareil de pierres.
L’architecte de cet ensemble élimine le superflu pour traiter de l’essentiel.

Avec et autour du vitrail, la traversée du sacré devient passage de l’extérieur à l’intérieur. La reprise des formes dans ce système extrêmement libre donne une résonance musicale à cette œuvre qui ponctue rythmiquement incantations et respirations.

L’entrée en lumière fait naître pour la première fois dans ce chœur orienté au levant, le jaune d’un soleil qui participe lui aussi au devenir de ce lieu en perpétuel reconstruction qui retrouve l’espoir dans l’au-delà, grâce à cette ENTREE DANS LES ORDRES …de l’Art.

Bernard Point
Avril 2008